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Danseurs de tango, habitants de campagne

  • il y a 2 jours
  • 2 min de lecture

Danseurs de tango, habitants de campagne

Ou comment deux vies en apparence opposées sont devenues

inséparables.


Il y a une question qu'on nous pose souvent, avec ce mélange de curiosité sincère et de

perplexité polie : mais comment faites-vous, pour le tango, si loin de tout ?

On sourit. On explique. On voit dans les yeux de l'interlocuteur que notre réponse ne dissipe pas entièrement le mystère et c'est très bien ainsi. Comme si le tango appartenait aux villes, aux nuits, aux salles enfumées... et la campagne, à une autre espèce de personnes.



Pourtant, depuis quelques années, notre quotidien ressemble à ceci : des matins dans les potagers, les bricolages, les soins aux animaux et toutes les activités propres à une maison de campagne, des après-midis à travailler une séquence dans le salon, et des départs réguliers vers la ville pour enseigner, danser, retrouver nos élèves et la chaleur particulière des milongas.


Puis nous revenons. Ce va-et-vient est parfois vertigineux mais il est le moteur de tout.

Au début, on se demandait si l'on allait devoir choisir. Si vivre loin des studios et des réseaux allait nous couper de notre métier. La réponse, après quelques années, est clairement non et même l'inverse.


Le tango, dans ce qu'il a de plus essentiel, est une écoute.

La campagne, elle aussi, exige qu'on écoute : les humeurs de la météo, la lumière qui change, le silence habité de choses invisibles.


Danseurs de tango, habitants de campagne

Et puis il y a la musique. Nous écoutons du tango presque tout le temps dehors, dans la nature, avec pour seul décor le ciel et les arbres. Il y a quelque chose d'étrange et de juste à entendre Pugliese ou Di Sarli se mêler au bruit du vent. La musique prend une autre dimension, débarrassée des murs et des lumières tamisées.


Elle devient simplement ce qu'elle est : une respiration, un battement, une invitation à ressentir.


Ce que la vie rurale nous a donné en premier, c'est une école du ralentissement cette capacité à laisser les choses prendre le temps qu'elles demandent.

On ne presse pas une aube.

On ne raccourcit pas une saison.

Et peu à peu, on cesse de brusquer l'autre dans la danse, de vouloir anticiper ce qui n'est pas encore là.


Quand nous rentrons de la ville, chargés de musique et de rencontres, la campagne nous

accueille sans cérémonie. Elle ne célèbre pas notre retour. Elle offre du silence, de l'espace,

une forme de remise à zéro qui nous permet de revenir à nous-mêmes et donc, de revenir au

tango avec plus de profondeur. Et quand nous repartons, nous emportons quelque chose d'ici que nous ne savons pas toujours nommer.



Une qualité de présence, peut-être. Une écoute moins pressée.

Le tango, finalement, c'est aussi cela : être là, vraiment là, avec l'autre.

Nos élèves le perçoivent parfois sans pouvoir le formuler quelque chose dans la manière dont on pose une main, dont on attend que la phrase musicale soit prête avant de bouger.


Les deux vies ne se contredisent pas.

Elles se parlent, se complètent, se nourrissent. L'une nous donne l'élan, l'autre nous donne les racines. Nous, nous n'en voyons qu'une seule simplement plus vaste qu'avant.





 
 
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